ile de la dive vers 1700description de Masse vers 1700

la Dive en 1782: vignes et bruyèresvignes et bruyères en 1782

VENTE EN BIEN NATIONAL DE LA CABANE DE LA DIVE

Peu avant la Révolution Francaise, nous possédons fort heureusement une carte des premiers déssèchements qui ont permis de rattacher LA DIVE à la terre ferme. Cette carte de 1782 est accompagnée d'un procès verbal de fin du remembrement. L'agrandissement du dessin nous permet de voir un prieuré dont les batiments entourent la cour centrale, il est donc issu de la réparation après l'arrivée des Mauristes à St Michel en l'Herm.La propriété de la DIVE sera vendue en bien national à Fontenay le Peuple en mars 1791, et c'est la famille MESNIER DURAND de LA FLOTTE EN RE qui va acheter la cabane de La Dive. Cette famille d'armateurs fort honorablement connue, dont l'un des membres va refuser de voter la mort du roi, et en perdra la tête *, avait eu à souffrir des persécutions religieuses car elle était de religion protestante. Elle avait déjà du émmigrer à BERGEN, et l'interdiction d'acheter des terres en métropole l'avait obligée à investir à St Domingue. La révolte des esclaves de l'ile l'avait donc durement touchée.

flotte1776

mars 1791 achat de la Dive

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Cette famille d'armateurs se trouva fort heureuse de pouvoir acheter l'ile de LA DIVE et ses vignes, car ils exportaient le vin l'alcool et le sel vers les pays nordiques, et revenaient en retour chargés de bois du nord. La première propriétaire de La Dive se fera d'ailleurs enterrer sur place.

tombe de Me Durand née Mesnier

Cette sépulture est enregistrèe au musée protestant de Boistifrais et en 2010 il y a  200 ans que Me Durand Mesnier est décédée.

EN MAI 2015 CETTE TOMBE A ETE DETRUITE PAR LE PROPRIETAIRE DU TERRAIN. LA MAIRIE A LAISSE FAIRE.

Louise Elizabeth Mesnier et Simon Durand en 1763

Capture

*Une cérémonie d'inauguration du buste de Gustave Dechézeau à La Flotte en Ré le samedi 31 octobre 2009 nous a permis de mieux connaitre l'action et les idées honorables de ce représentant de l'ile de Ré. 


 LE BLOCUS CONTINENTAL ET LES MERINOS

la famille DURAND MESNIER va de nouveau connaitre un revers de fortune en raison du blocus continental vers 1810. Le blocus va interdire toute activité d'import export pour les armateurs de l'ile de Ré. Les vignes vont être arrachées et on va construire "la grande bergerie" pour accueillir des moutons à grande laine LES MERINOS ESPAGNOLS. A cette époque le général Belliard né à Fontenay, introduit en Vendée des troupeaux de mérinos espagnols (il était gouverneur de Madrid). La famille L.. de LA DIVE (descendants des Durand-Mesnier) est citée en exemple pour la qualité de son troupeau.

   

la cabane du berger ou NAVARI

extrait du Cavoleau vers 1815

un

 

Belliard

 


La gestion de la cabane de la DIVES 

extraits de correspondance entre La Flotte et La Dive

1818 plus aucune mention de vendanges à la DIVES et on y livre une barrique de vin

1823 l'inventaire de la société de la DIVES décrit 5 boeufs gras, 31 boeufs de travail, 6 mères à veaux, 5 taures de 2 ans, 5 taures d'1 an, 3 taures de l'année, 6 juments poulinières, 14 poulains, 1 étalon, 1 cheval, 1 bourriquet, 4 chèvres, 4 chevreaux, 5 cochons. C'est assez typique d'une grande "cabane" de marais.

 1824 Nous avons appris aujourd’hui la mort du poulain de l’année de la jument de travail des suites d’une gourme sèche qui ne s’est point montrée extérieurement.

En 1828, le percepteur de St Michel convoque le propriétaire  pour discuter du paiement de la réparation de la digue et termine sa lettre par:"j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre dévoué serviteur". La fonction publique actuelle n'a plus le sens de la formule pour inviter les contribuables à payer.

"le berger qui était occupé à battre le blé ne fit pas attention à la mer qui venait assez grosse et le grand troupeau qui était sur les relais. Tout le monde de la Cabane s'est transporté sur les lieux même la servante et malgré leurs efforts réunis ils n'ont jamais pu les faire passer la digue ou dans le déssèchement, heureusement que la mer perdit promptement et nos moutons ont été sauvés".

De durs moments dans la correspondance entre Mr CARADU et son bourgeois c'est-à-dire son propriétaire de la Flotte:

"..les chevrons ne tiennent plus dans les murs de la grande grange je pense que d’un jour à l’autre ils vont tomber ce qui dommage aux tuiles…il faut renouveler les portes de la grande bergerie qui sont définitivement pourries..

il n’y a plus autre chose à vous marquer rien de mal à votre bétail que le « manque do et derbe ».

 

En 1835 on inventorie 691 moutons, et on vend des béliers métis et des béliers mérinos.

"notre domestique depuis 9 ans, fut même heureux pour m'apporter un soir 5 sarcelles, 2 milouins, 3 barges, 5 alouettes , le tout en 3 coups de fusils".

pigouille

 

 

Moments difficiles

Les associés venaient à tour de rôles passer un mois pour gérer la cabane de la DIVES.

"22 mai_ arrivé par l'Aiguillon le 26 avril dernier de mr L.. pour remplacer son frêre Casimir L.. dans l'exercice de ses fonctions, accompagné de Me L.. et de leurs 4 enfants Célinie, Emilie, Alfred, Ernestine L.. venus pour passer une partie de la belle saison à la campagne et y respirer l'air pur du moi de mai.

10 juin_ ...les détails de son malencontreux passage de l'ile de Rhé, témoignant de nouveau de l'instabilité des projets humains, ne peuvent que servir d'expérience et par conséquend mériter d'être consignés sur ce journal d'évènements. Le 8 juin au soir (dimanche) tous les préparatifs de départ furent faits à la Flotte pour s'embarquer le lendemain matin à 3 h dans la nuit à la marée. L'équipage du sloop, trop faible, ne put le mettre hors le port par la forte brise qui régnait à l'E NE. Cette manoeuvre, si elle eut réussi aurait procuré la possibilité de partir à 4 h du matin et d'arriver à la pointe de l'aiguillon de manière à chercher le chenal de la Raque avec le flot vers le midi du jour. A son lever Mme D... fut informée de ce contre temps, et après la succession de plusieurs conseils, contrairement donnés, soulevant parfois entre les officieux des vivacités pénibles, elle était résolue pour obvier au premier inconvénient, sur le départ, de passer dans la petite chaloupe du nommé Ch... pour se rendre en rivière de Moricq. Cette résolution n'eut pas lieu par l'apparition subite de la bise de NO sur les 11h du matin, instant où il fut enfin décidé (non sans d'autres entraves avec le patron Chabot) que Me D... partirait avec le réparateur. Le batiment équipé du capitaine, de son propriétaire, homme incapables, de la fille de Clé... comme mousse et des deux charpentiers Bonnin et Delion, sortit du port de la Flotte à midi sans attendre Mme D... et son fils.On fut obligé de les héler, pour mettre en travers ensuite, malgrè de nouveaux obstacles par des refus de canot pour se rendre à bord. Les 2 passagers y parvinrent pourtant à une bonne distance de terre. Là commençaient les contrarietés, elles furent suivies d'autres plus fortes. Le trajet de la rade de la Flotte à l'entrée de la baie d'Aiguillon s'effectua assez bien mais le pauvre capitaine ayant laissé courir la bordée de l'E trop longtemps, les courants de jusants nous jetèrent dans la terre d'Esnandes où nous mouillames jusqu'à flots à 8h du soir.

tempete

Les vents N et NE bonne brise, nous appareillames pour la rade de l'Aiguillon et dumes jeter l'ancre à 9h à cause de la nuit, au nord de la dite rade dans la position où, de l'assentiment général de l'équipage et des passagers l'ont se crut le plus prêt de l'entrée du chenal dénommé plus haut (notre capitaine et le propriétaire Clemenceau étaient fort peu pratiques) avant le soleil couché, n'ayant aperçu rien sur l'extrémité de la pointe de l'aiguillon qui put nous indiquer que des chevaux y attendaient. de toutes nécessité nous eumes à passer la nuit à bord dans la chambre, n'ayant que 2 chaises pour cabanne et très peu de provision de bouche. A 2h et demi du matin vent de NE petit frais, on leva l'ancre qui fut bientot remise à fond par la crainte de tomber sur les huitres de vases n'y voyant pas à cause encore des marées de jusant que nous ne pouvions pas refouler jusqu'à midi nous restames échoués à l'entrée du chenal, ayant mangé et bu avec une grande parcimonie et à la ration. Le réparateur se trouvait à flot dans sa souille à cette heure nous mêmes à la voile avec le flot et le vent qui favorisent notre entrée jusque par le travers de la mi canal où Me D.. et son fils"

 

traversier de La Flotte à l'Aiguillon

 

Tout ceçi rappelle furieusement la navigation à voiles de Pantagruel dans le golfe !!!

dans l'autre sens l'affaire pouvait être difficile y compris pour le chien !

décembre 1824

Départ de Casimir Mr I... G.... et ferdinand G.... pour la Flotte vers le midi dans le canot de Casimir avec les vents SO et grains. Ils se sont embarqués encouragés par lui malgré ce que les uns et les autres avont pu leur dire sur l’embarras dans lequel ils allaient se mettre. Malgré cela ils ont persévéré dans leur première idée. Ils n’ont pu arriver à la pointe que dans le soir. Le temps étant venu plus mauvais, ils ont éssayé à relacher mais il ne leur était plus possible de la faire. Voyant qu’ils ne pouvaient pas revenir de ce coté ils furent à bord d’un breton et lui offrirent 18 sols pour les conduire à la Flotte, comme le Breton se trouvait échoué il ne put se rendre à leurs désirs et ils éssayèrent encore de nouveau à l’envoyer pour se rendre dans le chenal de la Raque mais ils échouèrent et furent obligés de rester là jusqu’à la mer venante. Ils passèrent la nuit la plus cruelle et comme la mer était très grosse et se trouvèrent favorisés par le vent et l’orage. Se voyant touchés, ils firent une tente sur laquelle les lames qui les auraient englouties ne feraient que glisser, ils eurent aussi la crainte que le canot ne dérape, ce qui infailliblement les eut jetés sur les bouchots d’Esnandesoù il n’y avait aucun salut pour eux. Pendant  ce temps on était quatre personnes à bord et comptant sur la courte traversée on avait emporté que 2 livres de pain et un poulet pour toute provision de bouche, il fallut donc se mettre  à la ration et pour aller avec plus d’économie, la personnie animal se contenta de voir manger l’équipage on eut cependant la précaution de pouvoir ramasser un peu d’eau de pluie qu’on lui fit boire. Cependant notre marine effrayée ne commençait à voir dans le pauvre Jupiter qu'une bête enragée et le capitaine avait donné l’ordre que s’il venait à faire de mauvaises grimaces l’ainé g...... n’avait qu’à le tuer. Enfin tout fut pour le mieux la marée suivante les mit à flot et en envoyant il purent se rendre à la Dive où nous étions bien inquiets d’eux.

                                                   

traversiers dans la baie de l'aiguillon

 

 


LA DIGUE DE L'AIGUILLON ET LES CARRIERES

profil digues

digues

 Les raz de Marée vers 1850 vont emporter des centaines d'hectares sur l'Aiguillon et St Michel. Il faut aussi se rappeler que les digues étaient en terre. Les municipalités n'avaient de cesse de demander la construction d'une digue en pierre. Celle çi sera enfin autorisée et après l'appel d'offre (1854) la pierre sera ramenée de Moricq pour débuter la digue de l'Aiguillon. Mais très vite l'entrepreneur fait faillite et ne paie pas le carrier. Le chantier s'arrête jusqu'à ce qu'un fonctionnaire spécialisé déclare la pierre de la Dive conforme à la construction d'une digue.

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Les propriétaires de la Dive sont donc expropriés et une nouvelle entreprise est sélectionnée. Celle çi ne sera pas plus sérieuse. Elle commence par se plaindre qu'un seul m3 est exploitable sur 6 m3 extraits de la Dive. Le calcaire friable va dons constituer l'âme de la digue et le calcaire dense sera utilisé en parement. D'où la fragilité de cet ouvrage lorsque la couche extérieure est arrachée par les flots. Les controles de l'administration de Fontenay vont prouver que le nombre des ouvriers est insuffisant, que les travaux sont en retard, et que les ouvriers sont mal traités. Le chantier va être repris en régie et la maison du génie va être construite en 1864 pour loger les ingénieurs du génie maritime, ce qui leur évitera le voyage de Fontenay à la Dive.

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ROCHEBRUNTEXT

Les pierres des carrières de LA DIVE vont servir une CENTAINE d'années pour la construction et les réparations des digues de l'AIGUILLON et de LA FAUTE. Le transport sera assuré par un petit train à vapeur et un chemin de fer installé le temps de l'extraction et du chantier. Les 3 puits au bas de la falaise alimentaient la locomotive en eau douce.

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1000 HECTARES SERONT PRIS SUR LA MER AU COURS DU 19e SIECLE

    Prétendue grève de 20 ouvriers de la digue (nov 1863)

preveil1920maire1Résumé des procès verbaux (archives de Vendée)

Police « Mr Valogne paie mal les ouvriers...le 28 octobre une vingtaine d’individus de St Michel étaient là pour travailler, il y en eu d’acceptés pour ce travail et devant gagner 2.50 frs par jour. D’autres ne furent pas embauchés connaissant la manière d’agir de Mr l’entrepreneur se concertèrent entre eux pour avoir des garanties de paiement. Ce fut le sieur Guilbaud qui le demanda tant en son nom que pour ses camarades. L’entrepreneur se fâcha qualifia Guilbaud de grossier personnage celui-ci lui répondit qu’il était un propre à rien en un mot ils se disputèrent. Guilbaud dont on ne voulait plus pour travailler se retira et ses camarades ne voulurent pas travailler non plus, ils s’en allèrent tous. »

Gendarmerie :« Mr Valogne faisait la paie à des ouvriers qui étaient en novembre au nombre de 130. L’entrepreneur ayant obtenu l’autorisation de tenir une cantine sur le chantier pour servir à boire à des ouvriers, lesquels étaient généralement dans un état complet d’ivresse … quelques uns des ouvriers nous ont dit avoir le vin à volonté même jusqu’à dix litres à la fois qu’ils allaient boire à leur logement..les ouvriers étaient ivres et ne se rappellent plus de ce qu’ils ont tant fait en dépenses qu’en autre chose…

Mr Valogne indépendamment de sa cantine vend également du tabac à fumer et à priser qu’il pèse lui-même et distribue à ses ouvriers. Mr Valogne n’est point autorisé à cette vente de tabac il est de contrebande, il dit le prendre a Luçon »

 


 LA VENTE DE LA CABANE a la FIN du XIXe siècle

 Peut-être lassés par les recours nombreux contre l'administration (procès en Conseil d'Etat) pour arréter l'expropriation, et par la gestion rendue difficile par la multiplicité des cousins copropriétaires de la société de la DIVES, la famille de LA FLOTTE va vendre la Cabane en 1880  au garde particulier qui exploitait la ferme (Augustin ARDOUIN né à St Michel et Eugénie MERIAU née à la Flotte). Une moitié sera aussitôt revendue à la famille MESNIER de St Michel. Les époux ARDOUIN vont rapidement décéder et leur fille va se marier avec Mr DRENEAU de Chaillé les Marais. La derniere descendante de cette famille décèdera en avril 1988.

 


 EN PROVINCE de René BAZIN 1896

 Le cheval trottait. Nous traversions le grand bourg, pâle et comme flottant sur la plaine herbeuse,de Saint Michel en l'Herm, où fut une abbaye, devenue, comme tant d'autres, château. A partir de là, tout le territoire qui s'étend jusqu'à la mer est une conquête faite sur elle, contre elle, et encore disputée. L'Océan qui s'était retiré tente aujourd'hui un retour offensif. Il a dévoré les larges dunes qui endiguaient. l'embouchure du Lay et une jetée de dix kilomètres, en avant, tout là-bas, construite à force de millions, entretenue à grands frais aussi, défend les moissons dont c’est, en ce moment, l'heure de pleine et superbe maturité. Vive l'orge mûre, toute blonde et lamée d'argent! Vive le froment roux ! Vivent les fèves encore vertes, dont les cosses, vers le bout, se maculent de points noirs. Avec ces trois couleurs, qui la rayent en tous sens, que la terre est richement vêtue, et qu'elle sera pauvre demain, quand la faucille aura passé ! Ils ondulent autour de nous, par bandes indéfiniment longues, les blés, les fèves, les orges ils couvrent des centaines d'hectares; ils cachent les chemins sans haies tournant au milieu d'eux, et la mer d'autrefois, la mer qui n'avait que ses vagues, et pas une route, et pas un arbre, est encore là vivante dans l'image qu'ils en font.

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Un seul point se lève au dessus des épis qui l'éclairent de reflets blonds. C'est la Dive, un îlot ceint de falaises, dont la marée, en 1820, battait encore le pied. Les moines de jadis y venaient en bateau. Ils l'avaient planté de vignes. J'arrive au bas. Je monte par un sentier d'une pente terrible, et alors la vue n'a plus de limites que les brumes d.été, qui sont à bien des lieues. Tout autour du rocher, écueil abandonné, un cercle de moissons accablées de soleil, où le vent continue de creuser ses houles et d'éveiller un chant comme celui des grandes ondes. Des goëlands trompés s'y aventurent. Ils s'en vont, les ailes en faux, blanches sur cette mer blonde. Les coquelicots n'y fleurissent pas, tant la culture est parfaite. Et la seule note très vive, semée dans l'étendue, vient des parapluies bleus, ouverts, piqués dans le sol, qui, à l'heure de midi, abritent les hommes qui mangent ou qui s'endorment. En arrière, les maisons lointaines indiquent la limite où commencent les vraies terres, l'écorce depuis longtemps desséchée où les villages et les arbres se sont établis à demeure, tandis qu'en avant, bien loin aussi, un trait de lumière éclatante, vers l'lIe de Ré, une nappe tranquille et nuancée comme le ciel du côté de l'anse de l'Aiguillon, dénonœnt la présence de celle qui ne se retire jamais pour toujours, et sur qui nulle conquête n'est bien sûre. N'avez-vous pas fait, dans votre jeunesse, l'âge où l'on se croit si facilement des ailes, le rêve de vous étendre sur les blés épiés, et de glisser à la surface des champs, pour cueillir les nielles mauves, pour voir trotter les perdreaux, pour découvrir le mystère de ces forêts qui durent peu, et qui sont si pleines de vie ! Comme on serait bien, du haut de la Dive, pour prendre son élan! Je ne dis pas ce regret là aux bonnes gens qui m'entourent. Ils sont une quinzaine, qui viennent observer l'étranger et regarder ce qu'il regarde.

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Une petite population de cent trois personnes habite cet ilot continental de la Dive. Un raz de marée ne détruirait pas leurs maisons tapies au sommet de la roche, les fenêtres ouvertes du côté des terres. Il y a même un logis neuf avec un champ de betteraves entouré de murs blancs. Au bord de la falaise, une grande ferme, très ancienne, où j'ai vu un reste de chapelle gothique et une jolie fille brune, aux traits fins comme ceux d'une bohémienne, a établi son aire. Je songe à ce spectacle original qui sera le battage, sur cette pointe rocheuse exposée au vent de mer, et à la belle queue de balle de froment qui s'échappera du moulin, poussière couleur de flamme, tordue, puis déroulée, emportée
par la brise et volant dans le ciel clair. Les insulaires se familiarisent avec moi. L'un deux me nomme les clochers…..je dois dire que les auditeurs, en général, étant de culture médiocre, comtemplèrent, pendant ce récit, les bandes d’orges qui murissaients, et causèrent du prix du grain. Il y eut un long silence, transition habituelle entre deux idées de paysans, et la seconde idée ne sortit pas. Ils avaient reconnu que je prenais trop d'intérêt aux histoires; que je n’étais, par conséquent, inspecteur de rien du tout, ni contrôleur, ni répartiteur, ni destructeur patenté d'oeufs de phylloxéra. Un à un ils s'en allèrent. Je restai seul, bientôt, sur la pointe du rocher, comme l'ours du clocher d'Angle. Mais cet ours-là songeait, et il se nourrissait de la beauté des moissons répandues autour de la Dive. Avec le parfum des blés, des souvenirs me montaient à l'âme.
J'admirais le rôle prodigieux de ce petit grain qui, depuis des milliers d'années, nourrit le monde sous la même forme invariable, fait et défait les fortunes, suscite entre les nations des rivalités redoutables. Je me rappelais la grande fête rurale à laquelle j'ai tant de fois assisté, en bien des pays, quand on bat les javelles. Cela seul a varié. J'ai vu encore, en Italie, et en Bretagne sur les falaises de Penmarc'h, les chevaux tenus à la bride, libres de tout harnais, courir en rond sur les gerbes déliées. J'ai vu dans ma jeunesse, et l'on peut voir encore
dans quelques fermes écartées, le battage au fléau et au rouleau, modes anciens qui avaient la grandeur lente de tant d'actes de la vie rurale. Alors près des métairies, en beau soleil, l'aire était un lieu de choix, jamais touché, presque sacré. On le préparait on l'arrosait de purin, pour que la terre se durcit, et ne mangeât pas la récolte, et ne la mêlât pas de poussière. Au jour venu, on étendait l'airée, tous les épis vers le centre, en couches d'égale épaisseur, et, pendant une semaine, les gens de la maison, à peine aidés de quelques parents ou proches amis, promenaient le rouleau de granit, masse titubante, énorme, que suivaient des groupes d'hommes et de femmes, bras nus, cou nu, jaunes comme la paille, frappant en mesure le bout soulevé des tiges, avec leurs fléaux de bois poli, qui sonnaient.
Et le grain sautait autour d'eux, comme les grosses pluies qui rejaillissent. Le moulin ronflait dans un angle, tourné par la main d'une fille. Un gars de vingt ans chargeait les poches pleines sur son épaule, et montait
l'échelle extérieure du grenier, regardé à la dérobée par les vieux qui l'enviaient et par les grandes filles lasses qui admiraient sa force.

Le dernier soir, on venait chercher mon père, ma mère, mes sœurs, pour lever les quatre gerbes qui restaient. C'était la même plaisanterie, toujours:

-Not' maître, elles sont si lourdes que j'pouvons pas les lever!

-Je vais vous aider, Baptiste.

Et sous les gerbes croisées, formant la croix de Malte, qu'ils appelaient joliment «un châtelet » nous trouvions un bouquet de fleurs cueillies chez nous, avec des brins de fenouil et des zinias venus du jardin de la ferme. Et c'étaient des cris de joie. Et, tout en haut de la meule immense   et dorée, les pieds sur son labeur de huit grands jours, le métayer, appuyé au manche de sa fourche, riait de voir ces petites mains de demoiselles traîner malaisément les javelles vers le groupe des batteurs. A présent, la machine à vapeur ahane et siffle derrière les haies. L'agriculture prend des airs d'industrie. L'aire n'a plus de raison d'être. Le battage rassemble cinquante hommes et femmes, et tout est fait en un jour. Il ne faut pas regretter les choses, même les plus jolies, quand un peu de misère et de fatigue humaine disparaît avec elles...

faux blés


Mais je regarde une dernière fois, du sommet de mon ile dans les blés, et un peu de tristesse me prend, à penser que demain cette belle ceinture d'or sera coupée, brisée, mise en meules et en sacs, et que la terre sera nue, comme les vasières d'autrefois, là où s'endorment aujourd'hui, dans la brise faiblissante du soir, les blés aux épis droits, les fèves, les orges qui penchent déjà leur tige grenée à double rang.

 Il existe une association des "amis de René Bazin" présidée par le général (ER) Jacques Richou, je publie avec plaisir le commentaire qu'il a bien voulu m'envoyer en aout 2010, suite à ma question: que venait faire René Bazin dans un endroit aussi reculé de la Vendée ?

"René Bazin, qui est mon arrière grand-père, a débuté sa carrière journalistique et littéraire dans les années 1890, en produisant de nombreuses chroniques périodiques, sur les thèmes historiques, politiques et culturels de l'époque. Leur publication se faisait dans les revues d'alors, revues de "la Belle Epoque" : la revue des deux mondes, Journal des Débats, l'Illustration, le Figaro et bien d'autres....Ces chroniques ont ensuite été éditées en livres, en particulier par Calmann Lévy. Dans ce contexte, ayant des ancêtres qui avaient participé aux guerres de Vendée, il a effectué de nombreux reportages sur cette région, ce qui l'a conduit tout naturellement au Sud Vendée. Son livre "En Province", publié en 1896, regroupe une tournée journalistique tout à fait caractéristique qui le conduit de la Bretagne au Languedoc, en passant par l'Aquitaine et le Pays Basque. En consultant votre blog, j'ai relu avec attention l'article de presse publié, avec une excellente photo de mon aïeul, qui, malheureusement, oppose trop René Bazin à son petit-neveu, Hervé Bazin, président de l'académie Goncourt.

Je vous signale que cet article ne correspond pas vraiment aux études objectives de ces dernières années.... Le ton polémique et partisan du journaliste, peut être confronté avec une citation d'Hervé Bazin lui-même qui date de 1954 et qui relativise la question...

Je vous remercie de l'intérêt que vous manifestez à notre association et vous assure de mes sentiments les meilleurs,

Jacques RICHOU, président  de "Amis de René Bazin", et votre voisin de Vendée, à Bessay 85320. Bien cordialement, JR"

 


                    PAULE STE REINE de Benjamin Guinaudeau (1880?)

  

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Dans la rubrique "romans oubliés du 19e", nous avons retrouvé l'histoire de Paule ste Reine. L'aventure se passe à la Dive, on y découvre les explosions des mines, les peines de coeur des demoiselles de la Dive, mais surtout un passage curieux sur la grotte de la Dive (la gueule du diable) qui aurait contenu un lac soumis aux marées.

 

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