Brochet histoire abbaye st MICHEL HERM 1891

AVANT-PROPOS

Afin de rendre un juste hommage aux savants éclairés chez lesquels nous avons dû amplement moissonner pour réunir les matériaux nécessaires à la rédaction de notre ouvrage, nous devons pour éviter les nombreux renvois fatiguant toujours le lecteur, mentionner surtout les publications de Aillery, Benjamin Fillon, Dom Boyer, Cavoleau, Lenormand, Lacurie, Du Tressay, Migné, Thibaudeau, Rambaud, Dugast-Matifeux et La Fontenelle de Vaudoré. Mais c'est surtout dans les Archives Nationales, dans celles du département et dans les précieux manuscrits de Dom Fonteneau conservés à la bibliothèque de Poitiers, que nous avons puisé à pleines mains, prenant comme Molière « notre bien partout où il se trouvait ››.

Des notes manuscrites, des lettres et des documents autographes qu'on a bien voulu nous communiquer, nous ont permis de faire en maints endroits une étude sociale prise sur le vif.

Nous aurions aimé quelquefois pouvoir taire certains faits, si l'histoire, comme un témoin devant la justice, ne devait dire toute la vérité pour l’instruction de l'avenir.

C’est en nous inspirant de cette pensée et en nous plaçant sur le terrain de la plus complète impartialité que faisant nôtre, l’épigraphe de Montaigne : « Cecy est un livre de bonne foy ».

Nous offrons notre ouvrage à nos cinq cent deux souscripteurs. Nous les prions de recevoir ici, ainsi que toutes les personnes qui ont bien voulu nous aider de leurs bienveillantes communications, nos plus sincères remerciements : les preuves d’estime qu’ils viennent de nous donner sont la meilleure récompense que nous puissions attendre de notre étude.

Louis BROCHET

CHAPITRE I

ORIGINES DE SAINT MICHEL EN L’HERM

Au temps où la mer des Pictons couvrait les immenses marais que nous voyons encore sur les deux rives de la Sèvre Niortaise sur celles du Lay, sur les côtes du golfe de l`Aiguillon et du Pertuis Breton, depuis Saint-Liguaire, près de Niort, jusqu’à Longeville, avait émergé du sein du sein de l’océan, l'îlot calcaire sur lequel devait s’élever plus tard la riche et puissante abbaye de Saint-Michel-en-l`Herm.

Affouillés sans relâche par les vagues de la mer, sapés par leur base, ses galets triturés par l’élément liquide, devaient, mêlés aux matières terreuses en suspens dans les eaux, revêtir d’une couche d’argile puissante les assises gigantesques du calcaire jurassique, et les arrondir sous la forme gracieuse d’un mamelon légèrement allongé. De cette île qui s'élevait majestueusement avec sa couronne de verdure, comme une reine au milieu des flots, l’œil apercevait, présentant aux assauts de la mer ses flancs coupés à pic, l’ancien ilot de la Dive.

Sur ce rocher qui pour certains ne serait autre que le promontoire des Pictons, plane encore le nom de cette antique divinité féminine souvenir du paganisme superposé à une tradition celtique. Tout fait supposer que là encore la politique ombrageuse de Rome fit tous ses efforts pour déshabituer les populations d'aller porter leurs prières en ce lieu, jusqu'au jour où le christianisme dominant à son tour n'eut rien de mieux a faire que d’imprimer à ce sanctuaire vénéré sa propre empreinte et d'y bâtir une chapelle[1]. Partout du reste la légende celtique accompagne la légende chrétienne dans les lieux où existent encore des traces non équivoques des anciens cultes, et l’abbaye de Saint-Michel elle-même s`élèvera sur une antique chapelle dédiée sans nul doute à Mercure.

 Si l'on en croit du reste le grand savant vendéen, Benjamin Fillon, le nom du vieux Condet que portait au XIIIe siècle une chapelle sise de l`autre coté du fossé d'enceinte de l`abbaye, c`est-a-dire sur I`emplacement du bourg actuel, dériverait d'un radical celtique signifiant jonction, confluent.

Cette indication, d'une haute importance, établirait à n'en pas douter que dés l’époque gauloise, cette portion du golfe des Pictons, si voisine de la mer, était, par suite d’atterrissements, assez élevée pour que le tracé du canal du Lay fut visible, au moins 1'été a marée basse, et que depuis 3000 ans peut-être, les rochers de la Dive sont toujours effleurés au même niveau par les vagues marines. Ce ne serait donc qu’au moment des fortes marées et par exception, que les flots salés auraient pu pénétrer dans les parties avancées de l'estuaire.

L'origine celtique de cette primitive bourgade de pêcheurs, où nous verrons s’agiter les plus graves questions politiques et religieuses qui, au xvie siècle surtout, divisaient le Bas-Poitou, n'est pas d’ailleurs la seule preuve de l’ancienneté du séjour de l'homme en ce lieu.

Des fragments de haches en pierre et en bronze, des couches profondes de cendres, des urnes gauloises, un denier d’argent à l’effigie de Vespasien, des petits bronzes du bas-Empire (des Dioclétien, Maximien et Constantin), des débris de tuiles à rebords de l'époque gallo-romaine trouvés a diverses époques, démontrent, à n’en pas douter que depuis des milliers d’années les hommes ont habité ces lieux et qu’aucun de ces points culminants, si petite que fut sa superficie n’a échappé à sa domination ; tant il est vrai aussi que dans tous les temps les populations mises en mouvement par des impulsions irrésistibles, se sont pressées à l’envi sur les bords du vieux golfe des Pictons.



[1] Il existe encore à la Dive les restes d’une chapelle dont une partie remonte à la fin du XIIe siècle.